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Nathalie Hoestlandt

Fillon, Macron… Que valent leurs projets de réforme des retraites ?

François Fillon veut porter l’âge de la retraite à 65 ans contre 62 ans. Emmanuel Macron veut mettre fin aux régimes spéciaux. Qui est le plus crédible ?

Experte en retraites, Nathalie Badaire, directrice de NB Consulting, analyse pour « l’Obs » le programme des candidats à la présidentielle, dont celui de François Fillon et Emmanuel Macron. Interview.

Tous les candidats à la présidentielle entendent réformer le régime des retraites. Le système est-il menacé dans sa forme actuelle ?

Tous les rapports institutionnels, à commencer par les travaux du Conseil d’orientation des retraites, considèrent que l’équilibre financier du système actuel est extrêmement fragile. Il pourrait atteindre l’équilibre au milieu des années 2020 dans l’hypothèse on ne peut plus optimiste où le taux de chômage, qui est actuellement de près de 10%, serait stabilisé à 7% et la croissance à 1,5%. Or, depuis le début des années 1980, date de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, le chômage n’a jamais été inférieur à 7%. Quant au gain de productivité, il a été de 1,4% entre 1990 et 2015 et de seulement 0,7% ces derniers temps. On est donc très loin des 1,5% attendus.

Les dernières réformes, présentées par François Fillon en 2003, puis par Eric Woerth en 2010, ont donné une bouffée d’oxygène au système. Mais elles ne sont pas suffisantes pour en assurer la pérennité financière dans un cadre économique instable. Les candidats à l’élection présidentielle ne peuvent donc pas se désintéresser de cette question. Car si on est « sauvé » jusqu’en 2020, après, on court le risque de replonger dans le rouge.

François Fillon veut porter l’âge de la retraite à 65 ans contre 62 ans aujourd’hui. Est-ce la solution ?

C’est une solution. Chaque année de report permet de gonfler les effectifs de la population active et d’avoir 0,7 point de cotisants en plus, ce qui a un impact positif sur le régime.

Les réformes précédentes ont montré que c’était le remède le plus simple et le plus efficace pour redresser les finances du système. Compte tenu de l’espérance de vie, l’augmentation de l’âge de la retraite, une des mesures phares de la loi Woerth, a considérablement contribué à ce redressement.

Reste la question de l’équité. En termes de retraite, elle se mesure à partir du temps passé à travailler, de celui passé à la retraite, du taux de remplacement (soit le rapport entre le montant des pensions versées et le dernier salaire d’activité du cotisant) et du taux de cotisation. Affirmer que porter l’âge de la retraite à 65 ans sera suffisant ou pas, bien malin qui peut s’aventurer dans cette voie. Dans tous les cas, soit on fait du bricolage en augmentant les cotisations, soit on reporte l’âge légal en veillant à préserver l’élan de solidarité générationnelle.

Entre Emmanuel Macron et François Fillon, qu’est-ce qui apparaît le plus réaliste, efficace et politiquement et socialement jouable ?

Emmanuel Macron, qui a renoncé à modifier l’âge légal de la retraite, a dit noir sur blanc qu’il ne prendrait pas de mesures pour assurer l’équilibre financier du système. De ce point de vue, il n’a pas désavoué le gouvernement sortant auquel il a appartenu. En revanche, il s’est prononcé pour des droits égaux pour tous – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – et la transparence du système, actuellement très complexe avec la coexistence de ses 37 régimes. Son projet de retraite universelle permettrait de regrouper tous les régimes en un seul et les règles de calcul seraient les mêmes pour tous. François Fillon ne se prononce pas sur cette notion-là.

Indépendamment de cela, en termes de lisibilité et d’équité du système, ils ont le même programme et veulent, l’un et l’autre, simplifier le système en fusionnant les régimes, aligner le public sur le privé. Il n’y a guère que dans la manière d’en parler qu’ils diffèrent. A noter, toutefois, une nuance entre eux, qui porte sur le côté social du régime. Emmanuel Macron tient compte du facteur de pénibilité, alors que François Fillon s’est engagé à supprimer le compte pénibilité qui bénéficie déjà à 510.000 assurés, et qui sont laissés dans l’incertitude.

Enfin si Macron est élu, seuls les assurés nés après 1960 seront concernés par sa réforme qui n’entrera en vigueur qu’à la fin de son mandat en 2022. Alors que si c’est Fillon, les assurés nés dès 1956 en verront les premiers effets en 2018, et les autres de manière progressive tout au long du quinquennat. A raison d’un allongement de l’âge légal qui pourrait être de cinq mois par an dès 2018.

J’observe que ce matin, lors de sa conférence de presse, Fillon semble avoir laissé tomber l’aspect polémique de sa réforme qui, lors de sa désignation à la primaire, prévoyait  d’ajouter un système de retraite par capitalisation au système actuel de répartition.

Le chantier à venir est pharaonique. Et les deux candidats vont être confrontés à des difficultés de mise en œuvre, notamment lors de la fusion des régimes de base exprimés en trimestres et des régimes complémentaires qui, eux, sont exprimés en points.

La proposition de Marine Le Pen, la candidate du Front national, de ramener l’âge de la retraite à 60 ans et de porter la durée des cotisations à 40 ans, ne revient-elle pas de facto à allonger la durée de vie au travail ?

Cette proposition irréaliste, susceptible de plaire à un électorat populaire, constituerait, si elle devait être mise en œuvre, un énorme retour en arrière car elle serait en totale rupture avec les réformes précédentes et serait catastrophique pour l’économie. Pour la simple raison que dans les années 1980, lors de la mise en application du programme de la gauche, qui a porté la retraite à 60 ans, l’espérance de vie était de 74 ans. Or aujourd’hui, elle est de 85 ans pour les femmes et de 79 ans pour les hommes. Qui plus est, en 1980, 17% de la population avait plus de 60 ans. Elle en représente aujourd’hui 25,1%  avec une espérance de vie qui augmente.

Pas besoin d’être grand clerc, à la lecture de ces chiffres, pour comprendre que ramener l’âge de la retraite à 60 ans ne peut pas fonctionner, faute aussi de savoir qu’elle sera à l’avenir la réalité démographique.

Les générations futures de pensionné(e)s doivent-elles s’attendre à être moins bien loti(e)s ?

Sans réforme, c’est-à-dire sans mesures complémentaires destinées à redresser l’équilibre des finances du système, une baisse des pensions paraît inéluctable. Dans sa dernière lettre, le Conseil d’orientation des retraites indique que si la législation reste inchangée. En fonction des hypothèses économiques, les taux de remplacement, qui sont aujourd’hui de 52,1%, pourraient chuter à 35,2% en 2060. La perte pourrait donc être de 10 à 20 points, selon les estimations.

Propos recueillis par Denis Demonpion pour « l’Obs »

« En Marche ! » : pour plus de lisibilité et d’égalité dans notre système des retraites

Malgré près de vingt-cinq ans de réformes successives (1993, 2003, 2008, 2010, 2014 !), le prochain quinquennat s’annoncerait-il une nouvelle fois réformateur pour notre système de retraites ?

Après le programme détaillé dévoilé par Francois FILLON, c’est au tour d’Emmanuel MACRON de lever le voile sur son projet.

Petit tour d’horizon d’un projet de réforme systémique qui s’inscrit néanmoins dans la lignée des simplifications amorcées depuis 1999*.

 

Au programme : une réforme pour plus d’égalité et de transparence

Abandonnant volontairement toute problématique liée à la pérennité financière du système des retraites, Emmanuel MACRON mise tout sur l’équité.

 

Le constat :

–          Notre système de retraite est le plus complexe au monde avec la coexistence de 37 régimes de retraites.

–          La diversité des règles de calcul est perçue par les affiliés comme injuste et inéquitable.

–          La multiplicité des systèmes d’information engendre la perte de données, cause d’anomalies dans l’attribution des droits**.

–          Les droits attribués en fonction du régime d’appartenance d’un affilié ne sont pas égaux.

–          Les mutations du marché de travail entrainent des changements de statuts rendant les reconstitutions de carrière complexes.

 

Ce qui ne changera pas :

–          L’âge légal de départ restera fixé à 62 ans.

–          La durée de cotisation ne sera pas allongée.

 

Ce qui changera :

–          Un seul régime de retraite pour tous les affiliés :

  • A cotisations égales, les droits seront égaux pour tous.
  • Les cotisations versées se transformeront en points comptabilisés sur un compte virtuel.
  • Les points seront ensuite affectés d’un coefficient de conversion dépendant de l’âge de l’assuré le jour de son départ et de son espérance de vie.
  • Le coefficient lié à l’espérance de vie dépendra de la date de naissance de l’affilié et de son appartenance à une catégorie (ouvrier / cadre par exemple).

 

–          Les avantages du système de retraite universelle:

  • Les règles de calcul seront identiques pour tous et assureront lisibilité et transparence.
  • Le régime unique mettra fin aux inégalités de traitement entre assurés: la retraite sera proportionnelle aux revenus accumulés et un changement de statut n’entrainera aucune perte de droits.
  • L’actualisation des points en fonction de l’espérance de vie inhérente à une catégorie de travailleurs permettra d’intégrer implicitement le facteur de la pénibilité.

 

 

Calendrier de mise en œuvre : une transition envisagée de 10 ans.

 

Si aucun calendrier précis n’est fixé, il n’y aura pas de bouleversement immédiat.

Le candidat « En Marche ! » précise même que rien ne bougera dans les 5 ans à venir.

Concrètement cela signifie que les règles de calcul et modalités de départ à la retraite des assurés nés avant 1960 resteront calées sur le système actuel et que seuls les affiliés nés à partir de 1960 seront concernés.

 

Nota : en cas d’élection du candidat « En Marche ! » et pour ceux qui ne seraient pas concernés par la réforme il existe dans le cadre actuel des schémas qui permettent « déjà » de partir « à la carte » mais aussi de trouver un équilibre économique optimisé (départ carrière longue, retraite progressive, cumul emploi retraite).

 

Les points en suspens :

–          La question de la mise œuvre technique de la retraite universelle:

Si convertir les droits des régimes déjà exprimés en points semble largement envisageable comment assurer la conversion des droits acquis au sein des régimes de base qui pour la plupart des assurés sont exprimés en trimestres?

–          La question de l’équilibre financier du système des retraites

Quelles sont les mesures complémentaires qui seraient prises pour assurer la pérennité financière de notre système elle seule garante de l’équité intergénérationnelle ?

Rappelons que les derniers travaux du Conseil d’Orientation des Retraites (rapport 06/2016)  mettent en exergue l’équilibre fragile de notre système de retraite car dépendant d’hypothèses économiques optimistes. Il reviendrait en effet à l’équilibre au milieu des années 2020 dans l’hypothèse d’un scénario ou le taux de chômage serait stabilisé à 7% et la croissance minimum des revenus d’activité à 1,5%. Or, Le chômage en France dépasse les 7 % depuis 1980 et le gain annuel de productivité n’est en moyenne que de 1,4 % sur la période 1990-2015 et seulement de 0,7 %sur la période récente.

Si ces hypothèses économiques n’étaient pas atteintes, l’équilibre ne pourrait être atteint sans mesures complémentaires.

Aussi,  si le programme retraite d’Emmanuel MACRON favorise l’égalité des droits et l’équité au sein d’une même génération d’affiliés, l’absence de mesures complémentaires ne risque-t-elle pas d’entrainer à terme une baisse inéluctable des pensions propre à déséquilibrer le rapport  intergénérationnel ?

 

Nathalie BADAIRE,  expert retraite

www.gestion-retraite.fr

 

*  1999 : fusion des caisses ARRCO ;  2004 : unification des professions libérales ; 2006 : fusion de la CANCAVA et de l’ORGANIC ; 2019 : fusion programmée des caisses ARRCO /AGIRC

Depuis 2003 : rapprochement des règles de calcul des fonctionnaires sur celles du privé (alignement de la durée d’assurance, indexation des pensions sur les prix, suppression du dispositif de départ anticipé aux mères de 3 enfants comptabilisant 15 années de carrière, augmentation des cotisations)

Depuis 2008 : recul progressif de l’âge de départ à la retraite pour certains régimes spéciaux

**La Cour des comptes relève 7,8% d’erreurs dans les droits attribués aux assurés au titre du régime de base (rapport Cour des Comptes certifiant les Comptes de la Sécurité Sociale 06/2016)

86%  des relevés de carrière tous régimes confondus présentent des anomalies (NB Consulting 2016 – échantillon 500 pluri-affiliés)

Pic des départs à la retraite anticipée en 2017

Les assouplissements du dispositif « carrière longue » décidés en 2012 puis en 2014 montent en charge. Il y aura près de 300.000 bénéficiaires d’une retraite anticipée en 2017, pour un surcoût de 3,2 milliards.

Les Français partent de plus en plus tard à la retraite, mais le nombre de ceux qui bénéficient de dérogations à l’âge légal croît lui aussi. Selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale, « le nombre de bénéficiaires d’une retraite anticipée atteindrait son pic en 2017 », soit pas loin de 300.000 personnes en moyenne durant l’année prochaine (contre 260.000 cette année). En quatre ans, l’augmentation serait de 37 %.

C’est le résultat de la montée en charge du décret « carrières longues » de juillet 2012, et dans une moindre mesure de la loi sur les retraites de janvier 2014. Le premier a donné un coup de fouet à la possibilité de partir en retraite à 60 ans au lieu de 62 ans, pour des gens qui ont commencé à travailler à 20 ans. Pour actionner ce dispositif, il n’est plus nécessaire d’avoir cotisé plus que la durée légale d’assurance. De surcroît, un congé maternité spécifique ou une phase de chômage peuvent désormais être décomptés dans les trimestres cotisés, à l’instar du service national ou des arrêts pour maladie, maternité, accident du travail. La loi de 2014 a parachevé cette évolution en ajoutant des trimestres maternité, chômage, invalidité, ainsi que huit trimestres au titre de la pénibilité.

3,22 milliards d’euros

Ce qui a un coût. Le montant des pensions versées pour les retraites anticipées s’élèvera en 2017 à 3,22 milliards, en hausse de 39 % sur quatre ans. La facture augmentera quasiment de 500 millions d’euros en un an. Après 2017, le pic des carrières longues devrait s’éroder, notamment parce que les générations ont étudié plus longtemps.

Ces dépenses nouvelles sont à rapporter aux 5,9 milliards d’euros d’économies qui devraient être réalisées en 2017 suite aux sacrifices consentis lors de la réforme des retraites de 2010 : recul de l’âge légal de départ de 60 à 62 ans, et passage de 65 à 67 ans de l’âge pour bénéficier d’une retraite à taux plein (sans décote) pour ceux n’ayant pas suffisamment cotisé. Cette dernière mesure commence juste à produire ses effets : « L’année 2016 constitue la première année où le relèvement du taux plein automatique minore les effectifs de départ en retraite », souligne la commission.

L’essor du dispositif des carrières longues représentera près d’un tiers de la hausse des prestations de l’assurance-vieillesse en 2017 : 0,5 point de croissance sur une progression totale de 1,6 %. Cette contribution sera d’autant plus visible que les nouveaux retraités pèseront moins lourd dans la balance l’an prochain. En effet, le relèvement de l’âge légal se traduit par un dernier creux sans départs entre septembre 2016 et janvier 2017, qui réduit les montants de pensions à verser en 2017. Puis en 2018, la montée en charge de la retraite à 62 ans sera achevée. Quant au recul de l’âge du taux plein automatique, qui va produire des à-coups jusqu’en 2023, il referme plusieurs fenêtres de départ, en août-novembre 2016, puis en juin-octobre 2017. Bref, les candidats à la retraite patienteront un peu plus et l’assurance-vieillesse paiera un peu moins.

www.lesechos.fr

Rachat de trimestres : 0,8 % de majoration sur les versements au-delà d’un an

En cas de paiement d’un rachat de trimestre de retraite de façon échelonnée sur une période de plus d’un an, les sommes restant dues à l’issue de chaque période de 12 mois sont majorées. Le taux de hausse applicable à partir de 2017 sera de 0,8 %.

Ceux qui aident leurs familles peuvent partir à la retraite dès 65 ans

RETRAITE DE BASE
Handicap, dépendance : ceux qui aident leurs familles peuvent partir à la retraite dès 65 ans
Les assurés qui viennent en aide à un enfant ou à une personne handicapée ou dépendante, en tant qu’aidant familial, peuvent partir à la retraite dès l’âge de 65 ans, au lieu de 67 ans.

Retraite : les pièges à éviter

Erreur 1 : Se contenter de la retraite des régimes obligatoires

Les régimes obligatoires, avec la pension de base de la Sécurité sociale et celle servie par les régimes complémentaires (Agirc, Arrco pour les salariés), ne couvrent plus toujours les besoins des retraités, le taux de remplacement moyen étant de l’ordre des deux tiers du dernier revenu d’activité pour les non-cadres, à peine de la moitié pour les cadres, et moindre pour les travailleurs non-salariés. L’érosion du taux de remplacement, défini comme étant le rapport entre le montant de la retraite (tous régimes confondus) et celui du salaire de fin de carrière, devrait se poursuivre avec la baisse du rapport de nombre de cotisants pour un retraité.

Pour améliorer son niveau de vie à la retraite, il convient de se constituer un complément de revenu régulier. Et les produits ne manquent pas : le PERP (Plan d’épargne retraite populaire) ouvert à tous, les contrats retraite Madelin réservés aux travailleurs non-salariés ou encore le Perco (Plan d’épargne retraite collective) dans le cadre de l’entreprise.
Ces solutions, dédiées à la préparation de la retraite, apportent un revenu à vie tout en bénéficiant davantage fiscaux en phase de constitution d’épargne mais prévoient peu de clauses de déblocage de son épargne avant l’âge de la retraite.

L’assurance vie classique et le PEA sont également des solutions pour les épargnants soucieux de conserver la libre disposition de leur épargne.

 

Erreur 2 : S’y prendre à la dernière minute

Il n’est jamais trop tôt ! En matière d’épargne retraite, l’équation est simple : plus vous commencez tôt, moins votre effort d’épargne sera important. La mise en place de versements réguliers est à privilégier. En épargnant sur une durée de 30 ans l’effort d’épargne total à fournir sera moins important que si vous épargnez pendant 10 ans car les sommes versées auront eu plus de temps pour faire des ”petits”.

 

Erreur 3 : Négliger le suivi de son dossier de retraite

Il est préférable d’informer vos caisses de retraite au moins quatre à six mois avant la date que vous avez choisie pour votre départ afin de parer à d’éventuels problèmes au cours de la constitution de votre dossier. Les erreurs commises par les caisses de retraites ou encore par le ou les employeurs sont fréquentes. En juin dernier, le rapport de la Cour des comptes soulignait ainsi que le taux d’erreur de calcul des retraites du régime général en 2015 était de 1 sur 13. Il est en ce sens recommandé de bien vérifier son “relevé de situation individuelle” envoyé tous les cinq ans à compter de vos 35 ans, et d’en signaler les erreurs le cas échéant. Il en est de même pour votre “estimation individuelle globale”, que vous recevez l’année de vos 55 ans puis tous les 5 ans. Les chiffres donnés n’ont valeur ni d’engagement ni de certitude.

 

Erreur 4 : Oublier de se déclarer

Bien souvent, l’erreur est de penser que le départ en retraite est automatiquement acté par l’administration et les services concernés. En réalité, pour percevoir vos pensions, il faut que vous en fassiez la demande vous-même. Cette démarche consiste à remplir des formulaires spécifiques (en ligne ou par correspondance) de demande de liquidation de vos droits auprès de toutes les caisses auxquelles vous avez cotisé tout au long de votre vie professionnelle. Bien sûr vous pouvez vous faire aider d’un conseiller. Et il est recommandé de garder une trace des documents transmis.

Pour rappel, les pensions sont versées à partir du mois suivant le dépôt de votre demande. Si vous attendez d’avoir cessé votre activité pour en faire la demande, ce sera autant de revenus de perdus car il n’y a pas de rétroactivité.

 

Erreur 5 : Se tromper dans le nombre d’annuités

Obtenir une retraite à taux plein nécessite un nombre minimum d’annuités de cotisation souvent difficile à se rappeler après une vie entière de travail. Sur ce point, la réforme des retraites de 2010 a établi une nouvelle échelle tenant compte de l’allongement de la durée de cotisation. Celle-ci est désormais comprise dans une fourchette de 40 ans (soit 160 trimestres pour les personnes nées en 1948 ou avant) à 43 ans (soit 172 trimestres pour les personnes nées à compter de 1973). Exception faite de certaines professions qui bénéficient de régimes spécifiques, il convient par ailleurs d’avoir atteint l’âge minimal légal de départ à la retraite. Or, en vertu de la réforme de retraite, ce plancher va bientôt évoluer pour passer à 62 ans à compter du 1er janvier 2017 – contre 60 ans actuellement.

 

Erreur 6 : Etre locataire à la retraite

Il est recommandé d’être propriétaire de sa résidence principale et ce, le plus tôt possible afin de supprimer dans son budget de retraité les postes “loyer” et “remboursement de crédit”. Votre pension sera ainsi nette de toute charge, en dehors de celles liées au fonctionnement du logement. Etre propriétaire vous permettra aussi d’envisager la revente de votre résidence et l’acquisition d’un bien moins cher, le placement du reliquat pouvant alors vous procurer des revenus supplémentaires.

 

Erreur 7 : Oublier la pension de réversion

Tout comme la retraite, la réversion en cas de décès du conjoint ou de la conjointe n’est pas automatique. Il faut en faire la demande auprès de la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) et des caisses de retraite complémentaires.

Pour la CNAV (régime de base des salariés), la réversion est toutefois conditionnée au fait d’avoir au moins 55 ans et ne pas dépasser un plafond de ressources correspondant, pour une personne seule, à 2080 fois le Smic horaire en vigueur au 1er janvier (soit 20.113,6 euros en 2016). Le montant maximum de la pension de réversion est égal à 54% de la pension dont bénéficiait l’assuré.

Pour les régimes de retraite complémentaires les modalités et conditions d’âge peuvent différer d’une caisse à l’autre mais il n’y a généralement pas de condition de ressources pour percevoir la réversion.

 

Erreur 8 : Travailler sans salaire ou rémunération

Au cours des premières années qui suivent la création d’une entreprise, il est fréquent de ne pas se rémunérer. Inconvénient : vous ne cotisez pas pour votre retraite. Il est donc conseillé de vous verser le salaire minimum qui vous permet de valider quatre trimestres par an. Ainsi, pour valider un trimestre en 2016, il suffit de percevoir un salaire soumis à cotisation représentant 150 fois le montant du Smic, soit 1 450,50 euros brut mensuel (5 802 euros bruts pour quatre trimestres). Pour rappel, il n’est possible de valider que quatre trimestres par an. En complément, le chef d’entreprise peut souscrire un PERP ou un contrat retraite Madelin si son statut le lui permet.

 

Erreur 9 : Ne pas faire attention aux périodes travaillées à l’étranger

Si vous travaillez dans un pays avec lequel il n’y a pas de convention bilatérale avec la France sur l’assurance vieillesse, votre période d’expatriation, même si vous cotisez dans votre pays d’accueil, ne sera pas prise en compte pour votre retraite française. Pour éviter de perdre vos trimestres effectués à l’étranger, il est vivement conseillé de souscrire une assurance auprès de la Caisse des Français de l’étranger (CFE). Elle assure la poursuite des droits au régime de base et, par le paiement de cotisations (patronales et salariales), aux régimes complémentaires Arrco et Agirc par l’intermédiaire de la CRE (Caisse de retraite des expatriés) et de l’Ircafex (pour les cadres).

@LePoint.fr

Classement international des systèmes de retraite : la France a des progrès à réaliser

Le classement international des systèmes de retraite dressé par le Melbourne Mercer Global Pension Index place la France en 14ème position sur un panel de 27 pays.

Le système de retraite français va être contraint à une réforme profonde s’il souhaite absorber les coûts majeurs entraînés par le vieillissement de la population, estime le cabinet Mercer dans son étude. La France a conservé sa notation de l’an dernier (la note « C ») avec une moyenne globale qui a légèrement fléchi (l’indice est passé de 57,4 à 56,4).

Le classement est dominé par les Pays-Bas et le Danemark (notés « A ») qui obtiennent un indice global supérieure à 80, indice qui prend en compte la performance, la durabilité et l’intégrité des choix en matière de système de retraite. Concernant ce dernier critère, la France obtient le cinquième plus mauvais score et le pire d’Europe. Une mauvaise note qui s’explique notamment par le fait que le système français peut encore s’avérer opaque.

De plus, contrairement aux pays anglo-saxons, il n’existe pas dans notre pays de comité de suivi pour les dispositifs privés de retraites supplémentaires au niveau de l’entreprise. Une absence qui justifie l’appréciation sévère de l’étude concernant la gouvernance de notre système de retraite.

Pourtant la France  bénéficie d’une excellente note sur la partie « performance »avec 75,2 points, soit bien mieux que la moyenne des pays étudiés (58,1 points). Une notation qui confirme que nos retraités sont bien traités. Avec un départ encore possible à 60 ans et une espérance de vie à 85 ans, les Français jouissent de la retraite la plus longue au monde.

Au-delà du simple constat, l’étude dégage également quelques pistes qui pourraient, selon elle, permettrent à la France d’améliorer son régime : augmenter l’activité des seniors puisque que la durée de vie augmente ou encore reporter l’âge légal de départ à la retraite…

@LCI

Retarder l’âge de la retraite permettrait d’augmenter le nombre d’emplois

Le ministère des Finances (la direction du Trésor) nous explique que si l’on augmente l’âge de la retraite pour le porter de 62 ans à 64 ans, à compter de 2017, le PIB augmenterait de 1,4 point. Cela fait 30 milliards d’euros, à long terme. On pourrait par ailleurs tabler sur 200.000 emplois supplémentaires par année de report de la retraite, c’est-à-dire 400.000 au total pour le pays si l’on passait à 64 ans.

On peut vraisemblablement croire à une telle conclusion, qui va à rebours de l’intuition. Plus il y a de gens au travail, plus on crée des emplois. C’est la fameuse formule d’Alfred Sauvy : « Le travail des uns créé le travail des autres ». Des seniors en emploi, qui perçoivent des revenus de leur activité (plus élevés que ceux de la retraite), cela fait plus de croissance, et donc plus d’emplois pour les autres. À l’inverse, l’idée fausse, qu’on a longtemps crue en France, c’est qu’il suffirait de faire partir les seniors à la retraite plus tôt pour libérer les places pour les jeunes. La meilleure preuve, c’est que les pays européens qui ont le taux d’emploi des seniors les plus élevés – la Finlande ou l’Allemagne, par exemple – ont aussi le taux de chômage des jeunes le plus faible.

Cela veut dire que la retraite tardive ne crée pas de chômage, mais qu’elle le diminue au contraire. Même si en réalité les effets de cette mesure se décomposent en deux temps, nous dit Bercy.L’effet immédiat est bien négatif. Parce que les seniors, faute de pouvoir accéder à leur retraite, sont contraints de rester sur le marché du travail, au chômage. C’est ce qu’on a observé en France après la réforme de 2010. Depuis cette réforme, le chômage des plus de 50 ans a bien augmenté, fortement. Entre mai 2012 et aujourd’hui, il est passé de 600.000 à 900.000 personnes.

Mais dans le même temps, on commence aussi à voir poindre les effets positifs, au-delà des effets comptables, sur les comptes de l’assurance-retraite. Le taux d’emploi des 55-64 ans a, par exemple, augmenté de plus de deux points sur la seule année 2014, pour atteindre presque 48%. C’est le taux le plus élevé depuis 1975, même s’il reste largement inférieur à la moyenne européenne.

Combien de temps faut-il attendre pour voir les effets positifs l’emporter ? Le temps que les entreprises s’adaptent, pour proposer aux seniors des postes aménagés, et dans le travail lui-même, et dans les horaires, voire pour les salaires. Il faudrait aussi que le système de formation suive, pour proposer de nouvelles carrières à ceux qui ont 45 ou 50 ans.

PAR FRANÇOIS LENGLET, LOÏC FARGE

Pérenniser notre système de retraite nécessitera des ajustements

Ils sont nombreux en ce moment, les sauveteurs de la retraite. Les candidats à la primaire de la droite rivalisent de propositions chocs pour assurer l’avenir de nos pensions, décidés à reculer l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans (Nicolas Sarkozy), ou à 65 ans (Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet).

Il est vrai que les arguments en ce sens ne manquent pas. Nos voisins européens se sont déjà faits à cette idée en mettant le cap sur 67, voire 68 ans au Royaume-Uni. Tout le monde est bien conscient que l’espérance de vie va continuer à s’allonger. La France détient déjà le record mondial du pays où l’on passe le plus de temps à la retraite : 27 ans pour une femme, 23 ans pour un homme. Enfin, le ratio cotisants/retraités va continuer à se dégrader : de 2,6 en 2006, il doit tomber à 1,6 en 2030. C’est loin, mais l’assurance-vieillesse est un lourd paquebot qui se manoeuvre à 25 ans, à l’échelle d’une génération.

Et puis, à côté de ces « inquiets », il y a Marisol Touraine, pour qui « aucune réforme des retraites ne s’impose aujourd’hui pour des raisons financières ». La ministre des Affaires sociales arbore, elle aussi, son brassard de secouriste, et explique sans barguigner que la gauche a « sauvé la Sécurité sociale », notamment parce que la branche vieillesse de la Sécu va revenir à l’équilibre en 2016. Elle devrait même afficher un excédent de 1,6 milliard d’euros l’an prochain au régime général.

En réalité, pour avoir une photographie plus exacte des résultats de l’assurance-vieillesse, mieux vaudrait consolider les (mauvais) comptes du fonds de solidarité vieillesse, comme le recommande la Cour des comptes. Même ainsi, cela ne ferait guère qu’un déficit de 2,4 milliards en 2017, à mettre en regard des 130 milliards d’euros de pensions et de transferts versés par le régime général. Une goutte d’eau. La ministre a donc raison de se réjouir du redressement des comptes.

Quant à avoir « sauvé » les retraites, c’est une autre affaire. D’abord parce que les sauveteurs du quinquennat précédent ont joué le rôle principal dans la séquence actuelle. Telle une voile qui prend le vent, la loi Woerth de 2010 est en train de se déployer, entraînant plus de 5,9 milliards d’économies en 2017 pour le régime général. Ce texte combattu par la gauche, à l’époque, fait progressivement passer l’âge minimum légal de 60 à 62 ans en janvier 2018, et l’âge du taux plein de 65 à 67 ans – une évolution qui doit s’étirer jusqu’en 2023. L’heure de la réforme Touraine viendra aussi, puisque la loi de 2014 prévoit une augmentation de la durée d’assurance échelonnée entre… 2020 et 2035. Economie attendue : 5,4 milliards, en 2030 ! Peut-être la droite en profitera-t-elle, par un juste retour des choses.

La question n’est toutefois pas de savoir qui a sauvé les retraites, mais « comment » et « pourquoi ». Avant d’entreprendre d’autres réformes, soyons clairs : que voulons-nous sauver ? Depuis la première réforme des retraites, celle de 1993, certains choix ont été faits, sans que le grand public réalise combien ils deviendraient pesants. C’est le cas de l’indexation des pensions sur les prix, et non plus sur les salaires. Voilà près de vingt-cinq ans que la bascule a eu lieu. Année après année, la revalorisation des pensions est moins vive que celle du revenu des actifs. Cela ne se voit pas pour l’instant, car les retraités récents ont eu des carrières plus longues et de meilleures rémunérations que leurs aînés, et peuvent donc prétendre à de plus belles retraites. Les seniors ne sont d’ailleurs pas à plaindre : leur taux de pauvreté est le plus faible de toute la population, et leur niveau de vie est supérieur à celui des actifs.

Mais attention à l’atterrissage. Les « Trente Glorieuses » de la retraite s’achèvent. A force d’ajuster les « paramètres » de la retraite dans tous les sens, de resserrer un boulon ici, de remettre une vis là, le rendement du système décroît. Les partenaires sociaux gestionnaires de la retraite complémentaire des salariés du privé (Agirc-Arrco) ont été inventifs pour faire grimper le prix d’achat du point et baisser sa valeur de service. Partout, les pensions ont été gelées, décalées, sous-indexées. Résultat, le niveau de vie des retraités devrait diminuer au cours de la prochaine décennie.

Quant aux travailleurs et aux employeurs, plus le temps passe, plus ils s’épuisent à financer les retraites. A chaque réforme, les cotisations augmentent. Un décret fixe depuis 2014 un plafond au taux de prélèvement retraite conjoint du régime de base et de l’Agirc-Arrco. A 27,4 %, on frôle déjà cette borne de 28 %. La tentation de la relever va grandir en 2017. La compétitivité ou les retraites, va-t-il falloir choisir ?

Peut-être pouvons-nous espérer un jour retrouver les deux, et aussi garantir le niveau des pensions à l’avenir. Avec une croissance de la productivité proche de 1,5 % par an, le système sera à l’équilibre, selon les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR). Si ce scénario central s’avère trop optimiste, place aux sauveteurs avec leurs formules chocs.

Sinon, on pourra commencer à réparer les fêlures, en rectifiant la trajectoire des pensions. Qu’on ne s’y trompe pas : ces réformes de rééquilibrage, et non plus de redressement, coûteront cher. Pour alléger la facture des retraités futurs et des cotisants, il faudra sans doute actionner à nouveau le levier de l’âge et de la durée de cotisation. Sans qu’il soit forcément nécessaire de promettre du sang et des larmes.

Solveig Godeluck

Un simulateur qui compare les différentes propositions de réforme du système de retraite

Laquelle des propositions des quatre principaux candidats de la primaire Les Républicains François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou Bruno Le Maire permettra de sauver le système de retraite français? En vue de la présidentielle en 2017, l’Institut Montaigne, publie en partenariat avec l’Institut de la Protection Sociale, un simulateur qui permet de déceler les principaux effets des propositions des candidats sur les caisses de retraite.

Vous pouvez également vous mettre dans la peau d’un présidentiable et proposer votre propre réforme pour sauver le système de retraite français. Cliquez sur la photo ci-dessous pour avoir accès au simulateur.

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